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04/03/2024

Sortir de la colère, pour trouver les solutions

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La vérité est que l’agriculture industrielle s’en sort bien financièrement. Les équipements sont rentables et ces industriels trouvent sans problème les banques pour financer leurs investissements. A côté de ce modèle qui laisse peu de place à l'environnement , il y a les agriculteurs « paysans », qui travaillent très dur et n’arrivent pas à se dégager un revenu normal. Ils ont besoin eux d’être soutenus.

Alors ne soyons pas dupes, si les intentions avaient été, réellement, de favoriser et de maintenir une agriculture paysanne sur notre territoire, les dispositions pour que le paysan puisse vivre de son travail auraient été prises depuis longtemps. Au-delà des discours, nous constatons qu’il en est tout autrement. Prenons les primes de la PAC qui représentent plus de 40% du budget de l’Union Européenne. Le principal critère d’attribution reste la surface cultivable déclarée. En fait moins il y a de haies, de talus, plus il y a de champs, plus ils sont grands et plus la prime est conséquente. Les grands céréaliers en sont automatiquement les principaux bénéficiaires. Plus de 80% des primes Européennes sont captées par 20% des agriculteurs. Un autre sujet qui revient sur le devant de la scène, est la protection contre les importations. La France importe de la viande bovine, du poulet, du soja … pour près de 74,5 milliards d’euros. Dans le même temps elle exporte, certes du vin et des spiritueux mais surtout, elle occupe le haut du classement avec les céréales tout ceci pour une valeur de 84 milliards d’euros. En augmentation de 21% depuis 2021. La France dégage donc par son agro-industrie, un excèdent commercial de 10 milliards d’euros sur ses produits agricoles. Ces chiffres montrent très clairement, au delà des paroles, le type d’agriculture que le pays veut promouvoir. Et dans ce jeu de Monopoly les paysans qui gagnent moins de 1000 euros par mois et qui aujourd’hui se mobilisent sur les ronds-points, ne sont pas la première préoccupation économique des gouvernements libéraux qui se sont succédés.

Les paysans sont les premières victimes des pesticides

Après les discours du Président de la République et du Premier ministre, il reste à s’interroger sur la qualité et la pertinence des réponses gouvernementales. Rien sur le fond, juste des décisions de recul sur la question environnementale, prises sous la pression des plus radicaux. La plus symbolique et sans doute la plus préjudiciable est le stop donné au plan Ecophyto. La nocivité des pesticides est pourtant aujourd’hui connue. Des médecins alertent sur l’augmentation des cancers, tout particulièrement, dans la population des agriculteurs qui sont les principaux utilisateurs et les principales victimes de ces produits. Mais le cynisme et la loi du silence règnent en maitre. Les pesticides permettent de moins utiliser de main-d’œuvre. Ils réduisent ainsi les coûts de production et tant pis pour la biodiversité, tant pis pour la santé des utilisateurs et des consommateurs.

L’Europe cède aux sirènes des populistes.

Ce qui devient aujourd’hui encore plus préoccupant, c’est que l’Europe, traditionnellement en avance sur la protection de l’environnement, suit la France et baisse elle aussi la garde devant la pression rampante des lobbys de la chimie et des populistes qui ne cessent de vouloir opposer les agriculteurs et les écologistes.

Le propos n'est justement pas  de pointer les paysans, qui sont bien souvent les premières victimes de ces choix de rentabilité mais bien de dénoncer les errements des politiques qui se sont succédées et qui nourrissent cette colère. Il faut maintenant prendre les dispositions pour accompagner les paysans vers une agriculture, sans doute moins productrice mais respectueuse de la santé des acteurs et de la nature. Il faut reconnaitre un rôle de gestionnaire de l'environnement aux paysans engagés pour la nature et les rémunérer au travers de Mesures Agro Environnementales (MAE). Il faut protéger les productions nationales contre les importations de produits qui utilisent de substances interdites en France.

Il nous reste à espérer que le mouvement des paysans, qui secoue le pays, débouche sur une vraie prise de conscience sociale et environnementale à la hauteur des enjeux qui inquiètent profondément le monde paysan mais aussi la société toute entière et qui engagera les générations à venir.

Daniel Le Bigot