19/08/2013
Egypte : l’armée verrouille le retour à la démocratie
Et revoilà l’Egypte en proie à ses démons. A croire que pour le pays des Pharaons, le choix se limite à, d’un coté les militaires et de l’autre les islamistes. J’avais fin juin évoqué le coup d’Etat contre Mohamed Morsi comme un très mauvais présage. Non pas qu’il fallait défendre le leader des frères musulmans, mais parce qu’il n’y avait d’autre voie que celle d’accepter le fait démocratique. L'expérience de l'Algérie où le FIS s'était vu confisquer sa victoire électorale par l'armée montre bien l'impasse de ces manipulations.
Objectivement et ceci malgré, voire à cause du millier d’islamistes tués, ce coup d’Etat sert la cause des intégristes. Le régime de Morsi était moribond. Il avait perdu toute sa crédibilité auprès du peuple qui se sentait trahi. Encore quelques mois et les Egyptiens auraient trouvé eux même un moyen démocratique pour écarter Morsi et redonner une chance à une république laïque. Au lieu de cela, le coup d’Etat a masqué les incompétences des frères musulmans et en à fait des martyres. Aucun démocrate ne peut aujourd’hui entraîner le pays tout entier vers le progrès tant la brutalité de ce coup d’Etat des militaires aura clivé les populations.
Ce que l’échec de Morsi préparait, à savoir une alternance progressiste vient de disparaitre dans le bain de sang de la répression. La situation voulue et créée par l’armée rend effectivement inévitable aujourd’hui l’avènement d’un pouvoir fort afin d’éviter la guerre civile. Les prisons vont sans doute se remplir, les droits de l’homme vont régresser, les capitales occidentales pousseront leur cri d'orfraie et l’ombre de Hosni Moubarak va revenir planer sur l’Egypte.
Ce qui est troublant c’est que le général Al Sissi, qui est toujours apparu comme un sympathisant des islamistes ait en moins d’une année, retourné les armes contre celui qui l’avait fait général. L’explication de certains observateurs qui disent que l’armée devant l’échec économique du gouvernement de Morsi, aurait pris peur de voir ses intérêts fondre comme neige au soleil et aurait ainsi décidé de remettre de l’ordre, tient sans doute la route. Peut-on dès lors faire confiance au général pompier pyromane qui promet pour bientôt des élections libres ? J’en doute car à part lors de la révolution des œillets au Portugal, on a rarement vu les militaires se séparer pacifiquement d’un pouvoir acquis à l’occasion d’un coup d’Etat.
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